sentier-4-4_01.jpg Il me demandait si je pouvais lui rendre sa peinture en échange de deux autres. Il m’expliquait qu’il renouait là avec un style qu’il pratiquait trente ans auparavant, lorsqu’il était étudiant en art. Je ne lui répondis pas. « Qu’il me cambriole », me dis-je. Je serais fier de « mon » œuvre, de sa vitalité. Ce ne serait pas si mal comme début de vie en société. Comment un Jérôme Bosch vieux d’un demi millénaire avait-il démarré sa vie ? Dans le calme et l’indifférence ? « Ma » toile vivrait-elle aussi longtemps ? Tout scénario me conviendrait, à l’exception d’une mise au tombeau muséiforme.

Si elle venait à disparaître, j’espérais recroiser son chemin… Un jour, j’avais voulu très fort un tableau, mais il m’avait échappé. Les enchères étaient montées trop haut. Puis, pas très longtemps après, je l’avais vu là, sur le sol, sur le trottoir de la ville. Je l’avais ramassé.

Un soir, le soir du 11 septembre 2001, alors que je tournais dans tous les sens dans l’appartement et repassais sans cesse devant l’écran TV, que je ne savais pas quoi faire, ni quoi penser de l’humanité devant cette peine capitale du début du troisième millénaire, mon regard s’arrêta enfin sur la toile. Je restai immobile puis m’affaissai dans un siège à pleurer de peine et de rage.

Nota : A l'occasion, je vous parlerai de l'auteur de cette peinture.