sentier-3-4_01.jpg D’autres évoluaient sur une sorte de voie, qui menait vers une lueur parfaite, pure, vers laquelle l’œil était invariablement attiré, pour échapper à l’atmosphère emplie de brouillard, de fumée ou de pollution. Les figurines, elles, avaient l’air de courir, éperdues, d’errer sans but.

sentier-3-4_02.jpg Au-delà de cette ambiance de désolation, on sentait se dessiner une danse, débordante de vie fébrile – peut-être une danse incontrôlée, nerveuse, macabre. Vers le bas, à gauche de la scène, l’espace se désagrégeait, et entre des lambeaux de sol, dans une cavité souterraine, on distinguait un amas de ces figurines filiformes. Un résidu ?

sentier-3-4_03.jpgEn bas du tableau, au centre, une figurine plus grande était résolument tournée vers le spectateur, pris à témoin. Elle levait ce qui pouvait être pris pour des bras et semblait l’interroger de ses globes oculaires : « Pourquoi ? » Ambiguë, elle troublait avec son air jubilatoire - une inexplicable joie l’animait.

Cette peinture, je l’avais toujours trouvé attirante. Et j’en avais été gêné.

Une anecdote racontée par l’artiste me revint en mémoire : après avoir vécu à l’étranger et voyagé, il s’était installé en France, dans un village, où il enseignait la peinture aux enfants. Il leur apprenait à dessiner et à peindre les formes et les couleurs des paysages du coin. Un samedi après-midi, il organisa dans la salle communale une séance de peinture en direct sur le thème de la ville. Une « performance », comme on dit. Tout le monde vint pour voir les enfants et le professeur à l’œuvre. Il peignit la toile qui devait se retrouver en ma possession quelques mois plus tard. Les gens du village réagirent très mal à sa prestation personnelle, qui jurait avec l’académisme de son enseignement : ils le conspuèrent, l’expulsèrent de la salle, et je me demande s’il ne perdit son poste.