sentier-1-4_01.jpg Elle me décevait pourtant à certains égards : elle ne séduisait pas les autres. Chez deux personnes, c’était même un rejet assez net. Inutile d’argumenter. Une fois, j’ai cru entendre dans la bouche d’un proche un « C’est quoi cette horreur ? »

Tout ceci me froissait, mais je ne disais rien.

Elle n’était pas du genre grand carré blanc, avec de subtiles variations du blanc profond au blanc cassé. Non, ce n’était pas un « monochrome déviant », ce n’était pas sa fibre. J’aurais alors compris qu’elle suscite indifférence ou animosité, que les regards passent dessus d’un air amusé ou condescendant, et que des remarques perfides sortent insidieusement des bouches de travers.

A la décharge des spectateurs de passage, il faut dire que cette peinture est toute faite d’un violet mauve grisâtre et qu’on ne saisit pas avec netteté ce que la scène représente, ni d’emblée, ni d’ailleurs à l’usage du regard.

Parfois, on croit aimer une peinture. Souvent, c’est l’artiste le séducteur. Je ne pense pas m’être fourvoyé dans cette illusion.

Lui, je l’ai rencontré deux fois : une première rencontre le jour de l’achat ; une seconde par hasard, où je lui avais confirmé que son œuvre figurait en bonne place sur mes murs. Individu effacé derrière son art, ce n’était donc pas à lui que je devais mon attachement immédiat et durable à cette toile.

Il avait juste souri lorsque je lui avais dit l’avoir appelée La valse des âmes plutôt que Derrière les murs.