L'aérographe est dit "double action".

Avec un aérosol, la pression sur la buse dégage uniformément l'air et la peinture. Avec l'aérographe, on envoie plus ou moins d'air en appuyant sur le levier que l'on tire simultanément plus ou moins en arrière pour doser l'arrivée de peinture.

Deux autres facteurs déterminent le résultat: la vitesse d'exécution et la distance avec le support.

4 facteurs à gérer à chaque instant donnant une amplitude qui va du trait le plus fin à la plus large vaporisation, c'est à dire du net au flou.

Piloter cet engin m'évoque le ski. La préparation, les réglages, puis la piste vierge, la feuille blanche. Et le grand moment: se lancer dans la pente et laisser sa trace en dansant dans la poudreuse.

Utilisé couramment pour des travaux de précision, maquettes, bodypainting, décors de camions, de manèges, l'hyperréalisme a monopolisé cet outil. D'où peut-être une mauvaise réputation dans l'art contemporain en France. Le suisse Giger, connu pour ses décors du film "Alien", a développé cette technique et en Allemagne, les halls d'exposition accueillent des milliers de personnes autour de l'outil.

A vrai dire, techniquement, c'est coton! Il m'aura fallu 20 ans pour oser me lancer sans filet.

Après quelques années de découpages minutieux et ennuyeux de pochoirs et autres aléas comme les buses bouchées à la moindre négligence, j'allais le revendre quand je passais du support papier à la toile. Je découvris une expression de ma ligne graphique s'incorporant bien avec le travail à la brosse. Les problèmes de flou, de taches se résolvaient en jouant avec les superpositions de couches. Mais de là à dessiner directement sans avoir recours au blanc pour limiter les imprécisions, voire les erreurs, je n'osais pas l'imaginer.

C'est venu en retrouvant mon outil dans mon nouvel atelier en juillet dernier. Depuis, tous les autres outils sont mis au rencard. J'ai l'impression d'avoir travaillé toute ma vie et je ne découvre que maintenant pour QUOI.

Voici les premiers résultats. Un nouveau champ d'expression s'ouvre devant moi. Ce qui me fascine, c'est d'aller de découverte en découverte, comme explorer un nouveau monde, un nouveau langage. Yeah!