D'un point de vue purement formel on se reportera sans doute à des bandes dessinées et à des "tags". Pour Plaur c'est la ligne du parcours créant le personnage qui est à mettre au premier plan. Vivante, elle se caractérise par le trait continu, puisque, amortissant les heurts et s'agrémentant de vives circonvolutions, elle poursuit un chemin sans s'interrompre, jusqu'à l'obtention de la forme humaine. telle expression d'une énergie libérée et autonome elle s'insérera dans un milieu prévu à cet effet.

Or, c'est là qu'intervient, littéralement, toute la profondeur d'un champ d'asphalte ou de béton, immanquablement doté d'une perspective, d'un soleil ou d'un souffle d'air frais. Le paysageaccueillant les petits êtres est préparé, construit à leur intention, en architectures de structures délimitant des espaces, mais aussi de liens et de passerelles. Les habitants aérographiés deviennent mobiles, vifs, rapides et polyvalents, changeant de niveau au gré des plateformes qui s'entrecroisent, jouant ainsi le jeu de l'hyperactivité inhérente à notre époque. Le mouvement et la lumière sont présents, de même que des individualités se démarquant des foules.

Les interprétations de l'agglomération d'édifices, elles, sont le fruit de l'expérience professionnelle. Plaur a travaillé pendant de nombreuses années à la représentation graphique, en vue cavalière, de divers centres urbains, Carcassonne, Guérande, Ibiza par ex. seront visibles de façon fort détaillée assignant au sectateur un rôle vélideltiste à même de dénombrer chaque fenêtre de la ville. Ces travaux extrêmement minutieux lui ont permis d'appréhender les perspectives citadines de manière rigoureuse et patiente. C'est cette notion fouillée de la rue, où nous sommes tous acteurs, qui est exaltée aujourd'hui dans ces tableaux.

Quant aux petits personnages linéaires et sinueux évoluant dans un univers de couleurs aussi glacées que représentatives de leurs composantes minérales seraient-ils le lien entre "La Linea" que nous avons tous vue au cours des années 70 et les "FAELL", en animation elles aussi depuis peu et qui racontent des épisodes de vie de tous les jours dans la cosmogonies des formes Aléatoires en Légère Lévitation? Par ailleurs, le jeu du noir-blanc s'opposant à la couleur n'est sans doute pas innocent, ne voit-on pas dans la peinture de la renaissance italienne, l'emploi d'éléments en noir-blanc ou en grisaille au milieu d'une scène normalement colorée (et plus tard, par dérision ou par défi, l'inversel) indiquer la fracture entre deux mondes ou deux croyances: construction humaine contre création divine, antiquité contre modernité de l'époque, mythologie contre christianisme? Quelle est la fracture dont l'artiste veut nous faire part? Un environnement imposé, parfois brutal, presque toujours ludique, dans lequel Plaur jette de spontanés protagonistes. Il leur appartient désormais d'accaparer les mille et une facettes de la ville, courant dans les artères, s'arrêtant sur un observatoire ou mieux encore, ébauchant prudemment et quasi-méditativement une manoeuvre d'approche vers une âme soeur.

Denise Paroz